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le moment
albine (une jeune femme) et serge (un jeune prêtre) tombent azmoureux l’un de l’autre au milieu d’un merveilleux jardin. ca ne sa fait pas mais ils le font quand même:

albine, sans parler, le serra contre elle. les voix étaient devenues plus distinctes. les bêtes du jardin à leur tour, leur criaient de s’aimer. les cigales chantaient de tendresse à en mourir. les papillons éparpillaient des baisers aux battements de leurs ailes. (…)

des coins les plus reculés, des nappes de soleil, des trous d’ombre, une odeur animale montait, chaude du rut universel. toute cette vie pullulante avait un frisson d’enfantement. sous chaque feuille, un insecte concevait; dans chaque touffe d’herbe, une famille poussait; des mouches volantes, collées l’une à l’autre n’attendaient pas de s’être posées pour se féconder. les parcelles de vie invisibles qui peuplent la matière, les atomes de la matière eux-mêmes s’aimaient, s’accouplaient, donnaient au sol un branle voluptueux, faisaient du parc une grande fornication.

alors, albine et serge entendirent. il ne dit rien, il la lia de ses bras, toujours plus étroitement. la fatalité de la génération les entourait. ils cédèrent aux exigences du jardin. ce fût l’arbre qui confia à l’oreille d’albine ce que les mères murmurent aux épousées le soir des noces.

albine se livra. serge la posséda.

et le jardin entier s’abîma avec le couple, dans un dernier cri de passion. les troncs se ployèrent comme sous un grand vent; les herbes laissèrent échapper un sanglot d’ivresse; les fleurs, évanouies, les lèvres ouvertes, exhalèrent leur âme; le ciel lui-même, tout embrasé d’un coucher d’astres, eut des nuages immobiles, des nuages pâmés, d’où tombait un ravissement surhumain. et c’était une victoire pour les bêtes, les plantes, les choses, qui avaient voulu l’entrée de ces deux enfants dans l’éternité de la vie. le parc applaudissait formidablement ...
text: emile zola, «la faute de l’abbé mouret» | photos: helmut wolf places: villa cavarchione, castello meleto / gaiole in chianti many thanks especially to bine lakonig for finding these impressions and much more!
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